Churchill Falls: Pas d’entente finale sans la réélection de la CAQ, croit Fréchette

SAINT-JEAN — À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale québécoise, la première ministre Christine Fréchette s’est rendue à Terre-Neuve-et-Labrador pour signer une deuxième entente sur Churchill Falls avec son homologue de la province voisine, Tony Wakeham. Mais l’entente n’est pas encore finale et la réélection de la Coalition avenir Québec (CAQ) est nécessaire pour qu’elle se concrétise, selon la première ministre.

«C’est nous qui avons construit l’ensemble de cette œuvre et c’est nous qui allons pouvoir la mettre en œuvre (…) C’est le fruit du travail de la coalition», a soutenu Christine Fréchette en point de presse à Saint-Jean de Terre-Neuve, lundi.

Le Parti québécois (PQ), qui caracole toujours dans les intentions de vote, a critiqué l’entente et a affirmé que Christine Fréchette n’avait pas la légitimité nécessaire pour la signer si près des élections.

«On sait que le PQ veut déchirer cette entente. Alors je leur dis : “Ben parfait, déchirez-la”. Mais qu’est-ce que vous proposez aux Québécois ? Quelle alternative offrez-vous aux Québécois ?» a-t-elle lancé.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas tardé à réagir. «L’affirmation de Christine Fréchette à l’effet qu’un gouvernement du PQ va déchirer l’entente de Churchill Falls est tout simplement une fausseté», a-t-il écrit sur X lundi.

«La réalité est que personne n’a lu l’entente et que si l’entente est positive pour le Québec, évidement qu’un gouvernement du Parti Québécois aura intérêt à maintenir cette entente. (…) Tenter de faire croire aux Québécois que nous avons besoins d’un autre quatre ans de CAQ car il s’agirait la seule manière de faire vivre une entente dont on ne sait rien à ce jour est évidemment une manoeuvre électorale grossière», a ajouté Paul St-Pierre Plamondon.

Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a salué les efforts d’Hydro-Québec pour une entente qui serait, selon lui, bénéfique pour accroître la production d’électricité du Québec et pour assurer son développement économique.

M. Milliard a toutefois ajouté qu’après une première analyse, il lui apparaît clair que cette entente aura des impacts à court terme «sur les finances publiques et sur les tarifs des Québécois».

«Un gouvernement du PLQ analysera pleinement cette entente pour s’assurer qu’elle est optimale pour les Québécois avant une ratification finale», a-t-il souligné sur les réseaux sociaux.

«Retourner à la case départ aujourd’hui serait dommageable pour le développement économique du Québec et nous travaillerons activement à soutenir Hydro-Québec dans son développement», a ajouté le chef libéral.

La porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a affirmé qu’une entente de cette ampleur devait servir les intérêts des Québécois «pour les 50 prochaines années, pas les intérêts électoraux de la CAQ».

«Trop d’inconnus demeurent pour savoir s’il s’agit vraiment d’une bonne entente. Quels sont les scénarios sur lesquels s’est basé la CAQ pour aller de l’avant ? Qu’est-ce qui a été cédé à TNL pour les satisfaire et satisfaire Ottawa?», a-t-elle fait valoir dans une déclaration écrite, ajoutant qu’«on ne peut s’entendre sans consultation réelle des Premières Nations dont le territoire sera impacté».

Mme Ghazal a indiqué que, si elle devenait première ministre, elle s’engageait «à faire preuve de transparence (…) sur les coûts, les risques et les bénéfices pour le Québec, et de ne signer que si cela avantage réellement les Québécoises et les Québécois».

Le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, a réitéré que la première ministre cherchait «à précipiter la signature de cette entente à des fins électoralistes».

«Cela dit, le PCQ est en faveur d’une augmentation de la production d’énergie au Québec et, advenant que nous détenions la balance du pouvoir, nous collaborerons avec le parti au pouvoir afin de nous assurer que cette entente soit avantageuse pour l’ensemble des Québécois. Le Québec doit redevenir une puissance énergétique en exploitant nos richesses naturelles, comme l’hydro-électricité, le gaz naturel et, possiblement, le nucléaire», a-t-il affirmé sur les réseaux sociaux.

De l’électricité pour 3 millions de résidences

Cette nouvelle entente prévoit potentiellement encore plus de mégawatts (MW). De 7200 MW en 2024, on passe à 10 000 MW pour le Québec.

«C’est assez d’électricité pour alimenter jusqu’à 3 millions de résidences», a illustré Christine Fréchette.

Rappelons qu’Hydro-Québec veut doubler sa production d’électricité d’ici 2050.

Hydro-Québec investirait 45 milliards $ pour le développement d’une nouvelle centrale hydroélectrique à Gull Island (2700 MW), l’augmentation de la puissance de la centrale de Churchill Falls (1275 MW), ainsi que le transport de l’électricité.

La nouvelle entente prévoit aussi des études de faisabilité pour des projets d’éoliennes à Terre-Neuve-et-Labrador (2000 MW) et pour l’extension de la centrale de Churchill Falls (2500 MV). La contribution financière de la société d’État sera encore plus importante si ces projets vont de l’avant.

Pour sa part, le gouvernement fédéral va contribuer à hauteur de 6,5 milliards $ de ce 45 milliards $ par le biais de crédits d’impôt et de garanties de prêt. Sa contribution est «sans droit de gouvernance».

Le fédéral a d’ailleurs joué un rôle de facilitateur pour cette entente. Le premier ministre canadien, Mark Carney, était présent à Saint-Jean pour l’annonce.

La nouvelle entente prévoit que le Québec paiera essentiellement le même montant pour son électricité que dans le cadre de celle de 2024, soit environ 6 cents du kilowattheure en moyenne.

Si elle est ratifiée, l’entente sera valide pour les 50 prochaines années, soit jusqu’en 2077.

«Quand on sait qu’une centrale hydroélectrique prend 15 ans à bâtir et à mettre en service, il était prioritaire et essentiel de signer rapidement», a soutenu la première ministre Fréchette.

«Un des chapitres les plus sombres de notre passé»

Actuellement, Hydro-Québec obtient la majeure partie de l’électricité de Terre-Neuve-et-Labrador à des prix défiant toute concurrence – 0,2 cent du kilowattheure – en vertu d’un contrat signé en 1969.

Cette entente est depuis longtemps une source d’amertume dans la province voisine qui a tenté à plusieurs reprises de la contester devant les tribunaux, en vain.

L’annonce de lundi avait des airs de déjà vu. En décembre 2024, le prédécesseur de Christine Fréchette, François Legault, a signé un protocole d’entente avec le premier ministre terre-neuvien de l’époque, Andrew Furey, pour régler cette vieille pomme de discorde.

Le nouveau premier ministre conservateur de la province, Tony Wakeham – en poste depuis octobre 2025 –, a remis en question l’entente et a affirmé qu’il voulait la soumettre à un référendum. Lundi, il a indiqué avoir abandonné cette idée et se réjouissait de la nouvelle entente signée avec Québec.

«Nous sommes enfin en train de tourner la page sur l’un des chapitres les plus sombres de notre passé», a affirmé le premier ministre terre-neuvien lors du point de presse.