Doug Ford menace de couper éventuellement le courant aux clients des États américains

TORONTO — Le premier ministre Doug Ford a confirmé mardi que le gouvernement de l’Ontario interdira aux entreprises américaines de soumissionner pour des contrats d’approvisionnement d’une valeur de 30 milliards $, rompra un contrat de 100 millions $ avec «Starlink» et fera disparaître l’alcool américain de la province.

Dans sa première salve de mesures de représailles contre les droits de douane du président américain Donald Trump, M. Ford a aussi annoncé qu’il imposerait bientôt une surtaxe de 25 % sur l’électricité que la province fournit à 1,5 million de clients dans plusieurs États américains. Il menace même de couper complètement cet approvisionnement en électricité si les droits de douane américains sont encore en vigueur en avril.

Il a également menacé de surtaxer ou même de stopper les exportations de minéraux essentiels vers les États-Unis si cette guerre commerciale persiste.

«Nous devons également être prêts à nous battre pour une longue période, a déclaré mardi M. Ford en conférence de presse. Nous devons être prêts à intensifier nos efforts en utilisant tous les outils à notre disposition.»

Le président Trump a mis sa menace à exécution mardi et imposé des droits de douane de 25 % sur tous les produits canadiens, sauf les biens et services du secteur de l’énergie, qui sont taxés à 10 %. Ottawa a immédiatement réagi en imposant une série de droits de douane sur des produits américains.

La Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) avait annoncé plus tôt mardi matin qu’elle cessait immédiatement d’acheter et de vendre de l’alcool américain, comme le lui avait ordonné le premier ministre Ford.

«Nous devons nous assurer de diversifier nos activités et de veiller à ce que les provinces, les municipalités et le gouvernement fédéral achètent en Ontario — ou au Canada si nous ne pouvons pas le fabriquer ici en Ontario», a déclaré M. Ford.

L’alcool américain banni

L’Ontario est particulièrement bien placée pour faire disparaître rapidement tout l’alcool américain de son territoire. La LCBO est la seule acheteuse de tout l’alcool américain dans la province; elle importe des États-Unis pour 965 millions $ d’alcool par année, avec sur ses étagères plus de 3600 produits provenant de 36 États.

Le site internet de la LCBO était temporairement hors service mardi matin, pendant que les produits américains étaient retirés de l’offre en ligne.

La LCBO est également le principal distributeur d’alcool en Ontario, ce qui signifie que les épiceries et dépanneurs, les bars, les restaurants et autres détaillants ne pourront plus se procurer d’alcool américain.

«Nos équipes en magasin peuvent aider les clients à trouver d’autres produits parmi notre vaste sélection de produits de l’Ontario, du Canada et du monde entier», a indiqué la LCBO dans un communiqué.

L’Association des brasseries artisanales de l’Ontario espère de son côté que l’espace ainsi libéré sur les étagères sera rempli de bières locales. «L’impact positif de cette mesure serait énorme: elle aiderait les brasseries artisanales de l’Ontario à résister aux droits de douane à venir, à créer plus de bons emplois dans nos collectivités et à réinjecter plus d’argent dans l’économie locale en cette période critique», a écrit le président de l’association, Scott Simmons.

Non aux contrats gouvernementaux

Le premier ministre Ford a aussi confirmé mardi que les entreprises américaines ne pourront plus soumissionner pour les contrats d’approvisionnement d’une valeur de 30 milliards $ que la province attribue chaque année. Les entreprises américaines ne pourront pas non plus décrocher de contrats liés à son plan d’infrastructures de 200 milliards $ pour des autoroutes, des tunnels, du transport en commun, des hôpitaux et des prisons.

«Les entreprises basées aux États-Unis vont maintenant perdre des dizaines de milliards de dollars de revenus, a déclaré M. Ford. Elles n’ont que le président Trump à blâmer.»

M. Ford a aussi rappelé que le gouvernement déchire l’accord de 100 millions $ qu’il avait signé l’an dernier avec l’entreprise «SpaceX», d’Elon Musk, pour fournir l’internet haute vitesse aux communautés rurales, éloignées et autochtones du nord de l’Ontario, grâce au réseau de satellites StarLink.

«C’est fait, c’est fini, a déclaré M. Ford mardi. Nous n’attribuerons pas de contrats à des gens qui permettent et encouragent les attaques économiques contre notre province et notre pays.»

Le premier ministre Ford a aussi indiqué qu’il souhaitait se débarrasser des barrières commerciales entre les provinces, accélérer les autorisations d’infrastructures et d’extraction minière, et construire des oléoducs et des gazoducs «vers l’est, l’ouest et le nord».

L’industrie très intégrée de l’auto

Le président américain vise notamment le secteur automobile de l’Ontario, affirmant qu’il ne veut pas ou n’a pas besoin de voitures canadiennes et qu’il préférerait qu’elles soient fabriquées à Détroit.

M. Trump avait lui-même signé le plus récent accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique. Il parlait en 2020 du «meilleur et du plus important accord commercial jamais conclu par les États-Unis». Il veut maintenant déchirer cet accord.

M. Ford a déclaré que les droits de douane imposés mardi auront un impact presque immédiat sur les usines d’assemblage automobile des deux côtés de la frontière. «Je prédis que les chaînes de montage du secteur automobile fermeront d’ici 10 jours.»

Il a tenté de calmer une population canadienne aux abois, mais il a admis que des temps difficiles l’attendaient. «Les jours et les semaines qui viennent seront difficiles», a-t-il prévenu.

«Les entreprises et les familles ressentiront la douleur de cette lutte inutile, mais ensemble, nous allons défendre le Canada. Nous allons traverser cette épreuve plus unis que jamais.»