François Legault expulse le député Pierre Dufour du caucus caquiste
QUÉBEC — Les choses se corsent au gouvernement à moins d’une semaine du remaniement ministériel. Le premier ministre François Legault vient d’annoncer qu’il expulse le député d’Abitibi-Est, Pierre Dufour, du caucus caquiste.
En entrevue avec «La Presse», M. Dufour a laissé entendre qu’il pourrait démissionner si le premier ministre ne nommait pas un élu de la région de l’Abitibi-Témiscamingue comme ministre.
«Nous avons beaucoup de travail devant nous pour livrer les changements attendus par les Québécois. L’équipe gouvernementale est et doit rester unie. Comme premier ministre et chef de parti, je prends les décisions qui s’imposent pour maintenir cette cohésion et pour que nous soyons à la hauteur des attentes des Québécois», a indiqué François Legault par voie de communiqué vendredi.
Plus tard vendredi, Pierre Dufour a assuré n’avoir jamais lancé d’ultimatum à son gouvernement.
«J’ai dit que je me gardais toutes les ouvertures ouvertes. Ce qui voulait dire que ça peut être de quitter, de rester, de se conformer, de s’en aller au privé. Je pense que tout était dans les plans, donc on attendait de voir qu’est-ce qui allait arriver avec le remaniement ministériel», a-t-il dit en entrevue avec La Presse Canadienne.
Le député s’est dit malgré tout serein de la décision du premier ministre à son endroit.
«J’ai toujours maintenu mes convictions, j’ai toujours maintenu ma manière de présenter les choses, j’ai toujours défendu ma région. (…) C’est sûr que si le grand chef en haut n’accepte pas certains propos, à ce moment-là, je subis une conséquence, mais je suis capable de vivre avec ça», a-t-il expliqué.
Pierre Dufour a été ministre responsable de la région de l’Abitibi-Témiscamingue de 2018 à 2022 en plus d’être ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs. Quand la Coalition avenir Québec (CAQ) est reportée au pouvoir en 2022, ni lui, ni ses deux autres collègues de la région n’accèdent au conseil des ministres.
L’Abitibi-Témiscamingue n’est donc plus représentée par un ministre issu de la région depuis 2022, et ce, même si la CAQ a gagné les trois circonscriptions.
C’est le ministre du Travail et député de Trois-Rivières, Jean Boulet, qui est actuellement responsable de la région de l’Abitibi-Témiscamingue en plus d’avoir la responsabilité de la Mauricie et du Nord-du-Québec.
Les deux autres élus de la région sont Suzanne Blais (Abitibi-Ouest) et Daniel Bernard (Rouyn-Noranda–Témiscamingue).
Jeudi, la ministre Andrée Laforest a annoncé qu’elle quittait la CAQ pour se lancer dans la course à la mairie de Saguenay.
Des rumeurs laissent entendre que Pierre Dufour pourrait, pour sa part, se lancer à la mairie de Val-d’Or. Le député confirme avoir un intérêt, mais qu’il y a bien peu de chance qu’il fasse le saut pour des raisons familiales. «Je me garde une porte ouverte de 1 %», a-t-il dit en entrevue.
Autrement, le député dit s’attendre à finir son mandat. «En politique, il peut arriver toutes sortes de choses», nuance-t-il.
«Incroyable»
Le président de la Conférence des préfets de l’Abitibi-Témiscamingue, Jaclin Bégin, trouve «incroyable» qu’un député qui porte les messages de la région soit exclu de la sorte.
«J’ai toujours cru qu’on faisait élire nos députés pour faire entendre la population. Là, on le met dehors parce qu’il porte un message. À ma connaissance, monsieur Dufour a toujours été respectueux du premier ministre et de ses collègues. Tout ce qu’il a dit, c’est qu’il souhaitait avoir un ministre issu de la région, et nous, c’est ce qu’on porte comme message», a-t-il affirmé en entrevue avec La Presse Canadienne.
«C’est un bon député, c’était un bon ministre. Assurément qu’il ferait un bon maire pour la ville de Val-d’Or. Mais on aurait aimé encore mieux le voir comme ministre régional», a ajouté Jaclin Bégin.
Pierre Dufour ne se gênait pas pour écorcher son propre gouvernement. Le mois dernier, en marge d’un caucus à l’Assemblée nationale, il avait laissé entendre que la CAQ parlait beaucoup du troisième lien – un projet pour la Capitale-Nationale – alors qu’il y avait d’autres enjeux importants pour les régions.
«Le troisième lien, pour les gens de l’Abitibi-Témiscamingue, c’est pas la priorité», avait-il dit alors.
Questionné à savoir s’il était nécessaire que l’Abitibi-Témiscamingue ait un ministre régional, le député avait rappelé que cette décision relevait du premier ministre, en ajoutant: «C’est sûr que c’est un dossier qui nous a fait mal politiquement.»
En mai, Pierre Dufour avait demandé à son gouvernement d’écouter davantage les régions.
La semaine dernière, les préfets de la région ont fait une sortie pour exhorter le gouvernement à nommer un ministre parmi les élus de la région, afin de faire entendre leurs revendications.
En mai dernier, dans une entrevue radiophonique à l’émission Des matins en or de Radio-Canada, le député de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Daniel Bernard, avait lui aussi critiqué son propre gouvernement.
Il avait déploré qu’aucun élu de la région ne soit représenté au conseil des ministres. M. Bernard avait ensuite dû faire acte de contrition.
