Le mouvement indépendantiste en C.-B. a une histoire, mais a-t-il un avenir ?

VICTORIA — Des individus tentent de relancer un mouvement indépendantiste en Colombie-Britannique, mais ils ont peu de similitudes avec le mouvement Cascadia, qui possède des racines historiques profondes et rêve d’un pays centré sur la Colombie-Britannique et les États américains du nord-ouest.

Le mouvement Cascadia plonge ses racines jusqu’au XIXe siècle. Il a parfois exprimé un désir de nation, bien que Cory Pahl, un ancien candidat du Parti cascadien de la Colombie-Britannique, affirme que la formation n’a jamais fait campagne pour la création d’une nouvelle nation dont la Colombie-Britannique ferait partie.

«L’objectif du parti était simplement de sensibiliser le public aux défis uniques auxquels sont confrontés la Colombie-Britannique et le nord-ouest du Pacifique du point de vue de l’environnement et du développement industriel, explique M. Pahl. Il est alarmant de voir le séparatisme qui se manifeste actuellement, et cela dans un esprit très différent de toutes les discussions que nous avons eues au sujet de la Cascadie ou d’une éventuelle séparation du Canada.»

À l’opposé de ce mouvement, les partisans du nouveau BC Prosperity Project (Projet pour la prospérité de la Colombie-Britannique) souhaitent que la province quitte le Canada et forme un nouveau pays avec l’Alberta et la Saskatchewan.

Le nom du groupe fait écho à celui de l’Alberta Prosperity Project, mais on ne sait pas s’il existe un lien officiel entre les deux groupes. L’organisateur du groupe de la Colombie-Britannique, Peter Letourneux, a refusé de donner une interview approfondie.

Dans un bref échange sur les réseaux sociaux, il s’est contenté de dire qu’il était «conscient de la position négative des médias traditionnels», tout en ajoutant que son mouvement se développait rapidement.

L’organisation a tenu lundi sa première réunion à Campbell River, en Colombie-Britannique, attirant une centaine de partisans. Sa page Facebook compte plus de 14 000 abonnés.

M. Letourneux y prédit que «l’Alberta et la Saskatchewan deviendront bientôt indépendantes du Canada», laissant ainsi la Colombie-Britannique comme seule «province de l’ouest à nourrir Ottawa et à payer pour le Québec».

La Colombie-Britannique se retrouvera alors dans une «position difficile», car elle sera «subordonnée» à un gouvernement fédéral situé à des milliers de kilomètres, fait-il valoir.

«Nous avons tout intérêt à nous joindre à l’Alberta et à la Saskatchewan pour créer un nouveau pays libéré du joug d’Ottawa et de plusieurs centaines de groupes d’intérêts particuliers et de lobbyistes.»

Michael Henshall, un indépendantiste, croit que la Colombie-Britannique ne peut pas se permettre d’attendre pour quitter le Canada.

Croyant à l’imminence d’une crise économique mondiale, il a remis en question la sincérité des récentes annonces faites par les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Canada visant à accélérer les projets liés aux ressources énergétiques.

« Il est trop tard et les gens en ont assez, lance-t-il. Ils en ont assez, et je ne pense pas que nous puissions encore retarder la voie vers l’indépendance, car au cours des deux prochaines années, nous allons connaître des moments très difficiles au Canada.»

Bien que l’indépendance s’accompagne de «coûts de transition», il prédit que la Colombie-Britannique pourrait devenir l’un des pays les plus riches du monde, une fois qu’elle aura le contrôle total de ses ressources.

L’assemblée a attiré des manifestants fédéralistes, dont une ancienne députée néo-démocrate, Michelle Babchuk. Celle-ci a déclaré dans un message publié sur les réseaux sociaux que Campbell River ne serait pas le «point zéro» du «séparatisme anti-canadien».

Stewart Prest, professeur de sciences politiques à l’Université de Colombie-Britannique, affirme que le soutien au séparatisme en Colombie-Britannique se limite à quelques poches de la province.

Il ajoute que si l’aliénation du reste du Canada fait partie de l’identité politique de la Colombie-Britannique, les actions du président américain Donald Trump ont renforcé l’identité canadienne des Britanno-Colombiens.

Le Pr Prest se demande si le séparatisme en Colombie-Britannique bénéficie d’un large soutien, qualifiant le concept d’une nation séparée composée de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de la Saskatchewan d’exercice «utopique». Il prédit que si l’Alberta se séparait du Canada, elle serait rapidement absorbée par les États-Unis.

«Mais honnêtement, si l’on examine les idéologies politiques et les valeurs exprimées, la Colombie-Britannique, en tant que province, a beaucoup plus en commun avec le reste du Canada qu’avec les provinces des Prairies», souligne-t-il.

Les indépendantistes albertains et leurs imitateurs sont plus à l’aise avec l’idée d’un Donald Trump à la tête de leur pays qu’avec celle d’un Mark Carney au poste de premier ministre, ajoute-t-il.

«Il s’agit donc d’un réalignement politique distinct lié à cette polarisation de la politique et à la montée d’une réaction populiste dont nous parlons depuis plusieurs années. La Cascadie est différente. C’est en quelque sorte un concept presque plus romantique, une idée d’une histoire alternative.»

Un sondage de Pollara Strategic Insights publié le mois dernier laissait entendre que 11% des Britanno-Colombiens étaient susceptibles de soutenir la sécession.