Les futurs étudiants étrangers devront avoir plus d’argent en poche, annonce Ottawa

OTTAWA — Le ministre fédéral de l’Immigration a annoncé jeudi qu’Ottawa exigerait que les étrangers qui font une demande de permis pour étudier au Canada aient déjà en poche le double du montant actuellement requis.

Marc Miller a également menacé de plafonner les visas d’études dans les provinces qui n’aident pas les étudiants étrangers à se loger convenablement ou qui ne ferment pas les établissements d’enseignement qui, selon lui, ne devraient plus fonctionner.

«Il existe, dans des provinces, l’équivalent des usines à chiots, qui ne font que produire des diplômes, et ce n’est pas une expérience étudiante légitime, a soutenu jeudi le ministre Miller, en conférence de presse. Il y a de la fraude et des abus, et ça doit cesser.»

M. Miller affirme que ces modifications visent à garantir que les étudiants étrangers ne soient pas exploités par des employeurs véreux et par des établissements «sans scrupules» qui les empêchent de bien vivre au Canada.

«De toute évidence, notre pays est devenu la cible d’abus et d’exploitation par certains acteurs peu recommandables», a déclaré le ministre.

Depuis 2000, les demandeurs de permis d’études doivent prouver qu’ils disposent d’une somme de 10 000 $ pour se débrouiller au Canada. Or, Ottawa soutient que ces exigences n’ont pas suivi le rythme du coût de la vie, «ce qui fait que les étudiants arrivant au Canada apprennent qu’ils n’ont pas de fonds suffisants». 

À compter de janvier prochain, un demandeur seul devra prouver qu’il dispose de 20 635 $, ce qui représente selon Ottawa 75 % du «seuil de faible revenu», en plus d’un montant équivalant à sa première année de droits de scolarité et à ses frais de voyage, annonce le gouvernement. Ce montant sera indexé chaque année en fonction d’un point de référence de Statistique Canada pour le coût de la vie. 

On entend depuis des années que certains collèges offrent aux étudiants étrangers un enseignement inadéquat, qui leur permet par ailleurs d’obtenir un visa de travail et éventuellement d’immigrer au Canada.

La question a fait l’objet d’un examen attentif, car une augmentation du nombre d’étudiants étrangers a coïncidé avec une pénurie de logements au pays. Des médias ont rapporté que des étudiants se débrouillaient tant bien que mal en occupant des emplois de misère, mal payés. 

«Ce serait une erreur de blâmer les étudiants étrangers pour la crise du logement, a soutenu M. Miller jeudi. Mais ce serait aussi une erreur de les inviter à venir au Canada sans aucune aide, y compris sans savoir comment leur mettre un toit au-dessus de la tête.

«C’est pourquoi nous attendons des établissements d’enseignement qu’ils n’acceptent qu’un certain nombre d’étudiants (étrangers) qu’ils seront ensuite en mesure d’aider à subvenir à leurs besoins – capables de les loger ou de les aider à trouver un logement hors campus.»

Les provinces devront sévir

Le ministre précise toutefois qu’il faudra davantage de discussions avec les provinces avant d’introduire un plafond de visas d’études. «Assez, c’est assez, a toutefois prévenu le ministre. Si les provinces et les territoires ne peuvent pas le faire, nous le ferons pour eux, et ils n’apprécieront pas le caractère brutal des instruments que nous utiliserons. 

«Les provinces disposent d’un certain nombre d’outils, notamment la réglementation sur les établissements d’enseignement désignés, qui, dans certains cas, devraient simplement être fermés», a ajouté le ministre.

Le gouvernement libéral met également un terme à une politique qui prolongeait la période pendant laquelle les étudiants étrangers diplômés pouvaient travailler au Canada sans visa de travail proprement dit.

M. Miller a indiqué jeudi qu’Ottawa revoyait le nombre d’heures que les étudiants étrangers devraient être autorisés à travailler au Canada. Il soutient que plafonner à 20 heures de travail par semaine serait «du côté draconien du spectre», mais qu’autoriser 40 heures donnerait aux étrangers une raison de venir au Canada sans vouloir vraiment se concentrer sur leurs études.

L’organisme de défense «Migrant Students United» a exhorté Ottawa à élaborer des règles claires. «La politique fédérale d’immigration est une véritable montagne russe, a déploré l’organisatrice nationale, Sarom Rho, dans un communiqué.

«Nous n’avons pas besoin d’improvisations mensuelles et de rebondissements chaotiques qui permettent de perpétuer l’exploitation et les abus. Nous continuerons de défendre des règles stables et équitables et une résidence permanente pour tous.»

Mme Rho a ajouté que l’augmentation des fonds requis pour demander un visa d’étudiant, ainsi que les récents changements apportés aux exigences de résidence permanente, laisseront les étudiants «démunis».

Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a indiqué dans un communiqué qu’il envisageait des projets pilotes pour «aider les cohortes sous-représentées d’étudiants étrangers» qui ne pourraient pas étudier au Canada en raison des nouvelles exigences d’argent disponible à l’arrivée.