Les Premières Nations demandent à Ottawa de sévir contre les trafiquants de drogue
OTTAWA — Les chefs des Premières Nations ont appelé vendredi Ottawa à sévir contre les trafiquants de drogue qui font des victimes dans leurs communautés.
Ils demandent également à l’Assemblée des Premières Nations de déclarer l’état d’urgence dans toutes les Premières Nations et de réclamer un soutien accru du gouvernement fédéral pour le traitement et la prévention.
La cheffe Angela Levasseur, de la nation crie de Nisichawayasihk, affirme avoir présenté cette résolution lors de l’assemblée générale annuelle de l’Assemblée des Premières Nations à Winnipeg, car l’épidémie d’opioïdes tue des membres de sa communauté.
«Au Manitoba et partout au Canada, l’empoisonnement au fentanyl fait des victimes chaque jour. Nos travailleurs de première ligne et nos familles font tout ce qu’ils peuvent, mais le soutien des gouvernements fédéral et provinciaux demeure fragmenté, sous-financé et réactif», a soutenu Mme Levasseur.
Joseph Fourre, dont le fils est mort d’une intoxication au fentanyl après avoir consommé ce qu’il croyait être de l’ecstasy, s’est exprimé aux côtés de Mme Levasseur pour exhorter les chefs à appuyer la résolution.
Il affirme que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) lui a dit que, puisque son fils avait consenti à consommer de l’ecstasy, il était impossible de tenir quiconque criminellement responsable de sa mort.
«Nos communautés sont délibérément ciblées par des trafiquants qui exploitent les lacunes de la loi, a affirmé M. Fourré. Soyons clairs: cette résolution est un appel à la justice, à la responsabilisation et à une action urgente. Nous croyons qu’il faut déclarer l’état d’urgence.»
M. Fourre affirme que la «loi Harlan», du nom de son fils, permettrait de s’attaquer aux trafiquants de drogue qui ont «ciblé» les communautés des Premières Nations.
Le projet de loi condamnerait les trafiquants de drogue à une peine minimale de 15 ans de prison en cas de décès causé par des drogues contaminées, et donnerait aux forces de l’ordre le pouvoir d’accéder aux téléphones cellulaires des victimes pour savoir où la drogue a été achetée.
La résolution de vendredi, adoptée à la quasi-unanimité avec seulement deux abstentions, demandait également à l’Assemblée des Premières Nations de plaider en faveur de financement fédéral pour s’attaquer aux causes profondes de la consommation de drogues, en mettant l’accent sur la prévention, l’intervention et la réadaptation.
Le chef conservateur Pierre Poilievre a exprimé son soutien à la modification législative proposée lors d’une conférence de presse distincte vendredi.
«Tous les chefs avec qui j’ai discuté ont la solution du bon sens: ils veulent interdire les drogues, emprisonner les trafiquants et offrir des services de traitement et de rétablissement à leurs membres», a soutenu M. Poilievre, tout en critiquant les «peines légères» du gouvernement libéral.
Le cabinet du ministre de la Justice, Sean Fraser, n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaires.
L’Assemblée des Premières Nations a appelé à des mesures pour lutter contre l’épidémie d’opioïdes chez les Premières Nations en 2016.
Plusieurs chefs ont déclaré vendredi, lors du rassemblement annuel de l’Assemblée, que, bien que leurs communautés aient décrété l’état d’urgence local, elles manquent d’outils pour s’attaquer au problème, et que les forces de police extérieures ne sont pas disposées à les aider.
Certains chefs ont expliqué que, lorsqu’ils expulsent une personne de leur communauté par résolution du conseil de bande, les agents locaux de la GRC leur disent qu’ils n’ont pas la compétence d’appliquer cette décision. Cela les empêche donc d’expulser les personnes qu’ils considèrent comme une menace à la sécurité de la communauté.
Lors d’une table ronde organisée jeudi, plusieurs dirigeants des Premières Nations ont déclaré que le problème n’avait fait qu’empirer depuis la pandémie.
«Des familles sont déchirées, deux enfants se retrouvent sans parents et notre tissu social est brisé», a déclaré Kelsey Jacko, cheffe de la Première Nation de Cold Lake.
«L’ampleur de cette crise exige une action fédérale immédiate et coordonnée. Un financement fragmenté et des projets pilotes à court terme ne suffisent pas. Le gouvernement fédéral a des obligations fiduciaires et conventionnelles d’agir.»
Au cours de cette assemblée de trois jours, les chefs ont également rejeté des résolutions relatives à la législation fédérale sur les grands projets et ont appuyé la poursuite des négociations avec Ottawa pour réformer le système de protection de l’enfance des Premières Nations.
