Les secteurs de l’aluminium et du cuivre pour la première fois ciblés par Ottawa

MISSISSAUGA — Le premier ministre Mark Carney a annoncé vendredi, pour une première fois depuis le début de la guerre tarifaire avec les États-Unis, une aide financière visant à prioriser des secteurs comme l’aluminium et le cuivre.

Ces industries, visées par des droits de douane, auront leur part d’un fonds de 5 milliards $ visant à les aider à se maintenir à flot tout en se réorientant vers de nouveaux marchés, a-t-il promis en point de presse à Mississauga, dans les installations du manufacturier de l’aérospatiale MHI Canada Aerospace, une autre industrie visée par le train de mesures qu’il a dévoilées.

«La priorité sera accordée aux projets issus des secteurs les plus touchés par les tarifs — comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre», a-t-il dit au sujet du nouveau programme, intitulé le «Fonds de réponse stratégique», qui s’adresse à toutes les entreprises.

Plus précisément, l’argent sera destiné à des projets d’entrepreneurs visant à «maintenir (leur) capacité industrielle en compensant les nouveaux coûts d’accès aux marchés, en soutenant (leur) restructuration et en facilitant (leurs) plans (…) visant à s’agrandir ou à conquérir de nouveaux marchés», a détaillé Ottawa dans un document d’information.

Questionné à savoir pourquoi il avait attendu si longtemps pour cibler spécifiquement le secteur de l’aluminium, M. Carney a répondu que «c’est approprié maintenant».

Il a relevé que les acteurs du milieu pouvaient déjà bénéficier de liquidités offertes à travers des programmes tels que le Crédit pour les grandes entreprises touchées par les droits de douane.

Les critères d’admissibilité, qui étaient critiqués par les transformateurs d’aluminium les jugeant trop restrictifs, ont été assouplis à leur demande, a dit, par après, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne.

«On a répondu aux entrepreneurs qui nous ont dit ”nous aussi on a besoin d’aide pour passer à travers de cette phase-là pendant que le secteur est en train de se réaligner”», a-t-il dit à La Presse Canadienne après le point de presse.

Il a expliqué que l’exigence de nécessiter un prêt d’un minimum de 60 millions $ a été abaissée au niveau de 30 millions $. «On a réajusté les taux d’intérêt, on a augmenté la durée de remboursement des prêts», a-t-il ajouté.

L’industrie du canola, qui est pour sa part visée par une surtaxe chinoise, est aussi incluse dans le train de nouvelles mesures. M. Carney a ainsi annoncé une enveloppe de 370 millions $ pour le canola.

Le premier ministre a aussi l’intention de modifier une autre politique environnementale, soit son obligation que 20 % de tous les véhicules légers vendus au Canada soient à zéro émission l’an prochain. Les modèles de 2026 seront exemptés, a signalé son bureau, ajoutant qu’une révision de la politique pluriannuelle sera lancée afin de «réduire les coûts».

Des réactions

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a accueilli favorablement les mesures annoncées par Ottawa, mais souligne qu’il sera «important de rendre ces sommes disponibles rapidement et avec des critères flexibles pour que les entreprises puissent réellement en bénéficier».

La présidente du Congrès du travail du Canada, Bea Bruske, a également réagi positivement à l’annonce du gouvernement, en soulignant toutefois des «lacunes à combler»

«Pour les fabricants d’acier et d’aluminium, le fait que les contingents tarifaires ne soient pas renforcés est une occasion manquée, a-t-elle déclaré par voie de communiqué. En l’absence de la marge de manœuvre que cela aurait donnée, les travailleuses et travailleurs comme les employeurs auront du mal à s’adapter à l’évolution rapide des conditions des marchés.»

Les oppositions mitigées

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois ont tous les deux salué une avancée du gouvernement Carney pour venir au secours des manufacturiers.

«Nous espérons qu’il y aura une répartition équitable dans les différents secteurs touchés et que l’industrie de l’automobile n’aura pas la part du lion, a déclaré par voie de communiqué le porte-parole du Bloc en matière de ressources naturelles, Mario Simard. Ces deux industries sont des piliers de l’économie de nos régions, tout comme les dizaines de milliers de Québécois qu’elles emploient. Nous ne les abandonnerons pas!»

De son côté, le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, n’a pas directement commenté l’aide financière proposée par Ottawa pour les secteurs comme l’aluminium et le cuivre.

«Il (Mark Carney) a dit vouloir ‘acheter Canada’ en même temps qu’il donne un prêt d’un milliard de dollars au gouvernement chinois pour produire de grands bateaux pour la Colombie-Britannique», a déclaré M. Poilievre.