Pablo Rodriguez promet de revoir les critères de «contenu canadien» en audiovisuel

Marie Woolf, La Presse Canadienne
Pablo Rodriguez promet de revoir les critères de «contenu canadien» en audiovisuel

OTTAWA — Le ministre fédéral du Patrimoine, Pablo Rodriguez, a déclaré mardi qu’il allait revoir la définition de «contenu canadien» dans les œuvres pour le cinéma et la télévision, dans le cadre de la modernisation des lois sur la radiodiffusion au pays.

La définition de «contenu canadien» est au cœur du projet de loi C-11, devant le Parlement, qui ferait en sorte que les services de diffusion en continu comme Netflix, Amazon Prime et Disney+ présentent un certain nombre d’«émissions canadiennes» et qu’ils investissent dans des «histoires canadiennes», comme doivent le faire les diffuseurs traditionnels.

Or, certains soutiennent que les règles actuelles doivent être mises à jour. Ainsi, des émissions qui parlent du Canada, comme une série documentaire d’Amazon sur les Maple Leafs de Toronto, ne cochent pas suffisamment de petites cases pour entrer dans la catégorie «contenu canadien».

De même, le film d’animation «Alerte rouge», de Disney, qui raconte l’histoire d’une adolescente sino-canadienne à Toronto, avec en anglais la voix de Sandra Oh, actrice née à Ottawa et qui a étudié à l’École nationale de théâtre du Canada à Montréal, n’était pas considéré comme «canadien», en vertu des critères actuels. 

Pas plus d’ailleurs que la télésérie «La Servante écarlate», adaptation saluée du roman de Margaret Atwood, une écrivaine résolument canadienne.

Mais selon l’Association canadienne des producteurs de médias, les nouvelles règles devront garantir que les Canadiens continuent de détenir les droits de propriété intellectuelle sur leur travail. L’organisme souhaite également que les plateformes de diffusion en continu soient obligées de verser aux producteurs canadiens une plus grande part de bénéfices si leur travail rapporte. 

«Notre Loi sur la radiodiffusion doit garantir que les producteurs indépendants du Canada ont une occasion équitable de négocier avec les acheteurs de contenu, y compris les diffuseurs, pour posséder, contrôler et monétiser la propriété intellectuelle qu’ils développent et produisent», a déclaré Reynolds Mastin, président et chef de la direction de l’association.

Le ministre se dit «ouvert»

Dans une entrevue en marge du Sommet national sur la culture, qui s’est ouvert à Ottawa lundi soir, le ministre Rodriguez a admis que la définition de «contenu canadien» devait être «modernisée», et il s’est dit «ouvert à toutes sortes de suggestions et d’idées».

M. Rodriguez a déclaré qu’il en discutait avec des ministres des arts et de la culture d’autres pays «pour examiner ce qu’ils font» chez eux, et pour ensuite «bien sûr, l’adapter à notre pays».

«Je rencontrerai le ministre de la Culture d’Allemagne jeudi et c’est l’une des choses dont je vais discuter avec lui, et je ferai de même avec d’autres homologues», a déclaré M. Rodriguez.

Le Royaume-Uni dispose d’une définition plus large du «film britannique», en incluant des œuvres qui traitent de sujets bien «british» — la vie de William Shakespeare, par exemple.

Certains experts soutiennent que des studios pourraient être hésitants à investir dans des talents canadiens si le contenu apporté par ces artistes n’est pas officiellement considéré comme canadien.

Michael Geist, titulaire de la chaire de recherche du Canada sur le droit numérique à l’Université d’Ottawa, croit que «les règles actuelles sont terriblement désuètes» et ne font pas grand-chose pour vraiment promouvoir les «histoires canadiennes».

Le professeur Geist rappelle que le système actuel est un peu plus complexe «qu’un exercice de petites cases à cocher»: ainsi, des œuvres d’auteurs canadiens peuvent échapper à la classification alors que d’autres productions qui ont peu de liens avec le Canada sont admises. 

Le film «Deadpool», de Marvel, tourné à Vancouver, mettait en vedette l’acteur canadien Ryan Reynolds et c’est le Canadien Paul Wernick qui a coécrit le scénario, basé sur un personnage de bande dessinée canadien. Pourtant, le film n’a pas été considéré comme «canadien» en vertu des règles du Bureau de certification des produits audiovisuels canadiens.

Ces règles exigent au générique un producteur canadien et un réalisateur ou un scénariste canadien. Des points sont aussi attribués pour le nombre de Canadiens qui occupent des rôles de premier plan ou d’autres postes créatifs clés. Les Canadiens doivent également figurer en bonne place dans la production et la postproduction.

Le Sommet national de la culture se poursuit jusqu’au 4 mai au Centre national des arts d’Ottawa, ainsi qu’en formule virtuelle.

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